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Entretien avec Daniele Callegari - Chef d'orchestre - Carmen (28/03/2009)
 
 

« Carmen, pour moi, c’est comme La Joconde »

En février 2008, le maestro milanais Daniele Callegari faisait ses premiers pas au Capitole de Toulouse en dirigeant la création in loco du chef d’œuvre de Wolf-Ferrari : I Quattro Rusteghi. Avec le succès que l’on sait ! Cet éminent spécialiste du répertoire italien nous revient dans… Carmen.

Le chef d'orchestre milanais Daniele Callegari

Rencontre

Classic Toulouse :
Comment s’est imposée à vous la musique et plus particulièrement la fonction de chef d’orchestre ?

Daniele Callegari : La musique pour moi, c’est la vie. J’ai commencé dans l’orchestre. J’ai été percussionniste à la Scala de Milan pendant douze ans. C’est là que j’ai découvert ma passion pour l’opéra. J’ai eu à cette époque, dans les années 80, le bonheur d’être dirigé par des maîtres comme Muti, Abbado, Maazel, Mehta, Kleiber et d’autres bien sûr. Ils m’ont donné l’envie d’embrasser la carrière de chef d’orchestre. Cela fait maintenant une vingtaine d’années que je dirige.

 : Comment est partagée votre activité entre direction symphonique et direction lyrique ?

DC : Aujourd’hui, les deux tiers de mon temps sont consacrés au lyrique.  Je crois que tout le monde m’appelle pour l’opéra parce que je suis italien. L’important pour moi est que, dans n’importe quel domaine, je sois enthousiaste sur le projet que l’on me propose. Sinon je ne le signe pas.

 : Vous êtes reconnu comme chef de répertoire italien, or vous revenez à Toulouse pour un opéra emblématique du répertoire français.

DC : C’est vrai, cela dit, j’ai déjà dirigé Carmen, il y a une dizaine d’années. A mon sens, Carmen n’est pas un opéra français, c’est un opéra qui appartient au monde entier, au même titre que La Joconde. Je suis heureux par contre de jouer cette musique ici, en France. Le fait que je sois italien n’est pas gênant en termes d’approche ou de sensibilité car la musique de Bizet est très méditerranéenne et appartient donc aussi à ma culture. En termes de répertoire français j’ai déjà dirigé Les Contes d’ Hoffmann à Parme ainsi que Le Roi Artus, de Chausson à Bruxelles.

 : En tant que chef d’orchestre, vous vous devez de faire respecter une partition, d’être à l’écoute des souhaits des chanteurs, également d’être attentif à leurs possibilités ?

DC : La réponse est évidemment variable. Je pars toujours avec une idée très précise de la partition. Ensuite, en fonction des artistes que j’ai devant moi, je fais ce que l’on pourrait appeler des retouches musicales très près du corps. Comme un tailleur. Si un chanteur me propose quelque chose, je l’écoute. Soit il est capable de faire, soit non, alors j’essaie de l’aider. Si ça ne marche pas, alors il faut qu’il fasse ce que je lui dis. L’anarchie en musique n’existe pas. D’ailleurs il m’arrive de faire véritablement la police autant dans l’orchestre que sur le plateau afin que tout le monde soit attentif.

 : Vous est-il arrivé d’être contrarié, voire bloqué par une mise en scène ?

DC : De toute façon, je préfère les mises en scène traditionnelles. L’important est que le livret ne soit pas décalé. Par exemple si le chanteur dit : « Donne-moi l’épée » et qu’on lui tend une valise, ce n’est pas possible. La Carmen, ici, est magnifique. Ces décors, cette mise en scène !

 : Vous reviendrez à Toulouse dans peu de temps pour diriger Falstaff.

DC : Vous êtes déjà au courant. C’est vrai. J’adore Verdi, Falstaff bien sûr, même si mon préféré demeure Otello. Après j’ai signé Il Trovatore au MET de New York, puis il y aura Vienne, Munich. Je dirige souvent à Barcelone car non seulement c’est ma deuxième patrie, j’y habite plus qu’à Milan, mais en plus j’adore le Liceu.

 : Avez-vous déjà assisté à une représentation d’opéra retransmise en direct et en haute définition au cinéma ?

DC : Non, mais je sais que çà existe. C’est tout simplement incroyable. D’autant qu’aujourd’hui, avec la crise, cela devient un moyen de circulation de l’opéra et de promotion aussi, tout à fait indispensable. Je vois bien dans mon pays, où il n’y a plus d’argent, tous les problèmes que rencontrent les théâtres. Milan et Rome vont à peu près, mais les autres ne sont pas en grande forme. Cela dit il faut bien reconnaître, et là je parle pour l’Italie, qu’il existe un vrai problème syndical qui se résume à : travailler moins et gagner plus.

 : Dans le prolongement, auriez-vous un souhait à formuler ?

DC : Pouvoir continuer à faire mon métier certainement, mais aussi qu’il y ait la possibilité pour de jeunes artistes de faire carrière. Je note cependant, depuis plusieurs années, l’émergence d’un énorme problème, c’est la confrontation de jeunes artistes, chef ou chanteur, avec de grandes institutions. Avant de connaître véritablement leur métier, ils sont projetés au premier plan, avec les dégâts, parfois irréversibles, que l’on connaît. Sans une bonne expérience, on ne va pas loin. D’autant qu’ils ne se reposent jamais. J’aimerais aussi qu’en Europe il y ait un pouvoir syndical, nécessaire d'ailleurs,  à l’anglo-saxonne. C'est-à-dire, une fois que les accords sont signés pour trois ans, on ne revient pas dessus et on travaille sans problème et dans une discipline parfaite.

Propos recueillis par Robert Pénavayre le 28/03/2009

 

infos
 

Représentations :

3, 7 et 10 avril 2009
à 20h,
5 et 12 avril à 15h.

Renseignements et réservations :

www.theatre-du-capitole.org


 

 

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