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Entretien avec Kader Belarbi - Ballet du Capitole - "A nos Amours"
(12 au 17/02/2010)
     
     

Du danseur au chorégraphe : un parcours sans faute

Kader Belarbi, Etoile de l’Opéra de Paris et tout jeune retraité, a répondu à l’invitation de Nanette Glushak et Frédéric Chambert. Il nous présentera deux de ses chorégraphies : « Liens de table », créé pour le Ballet du Rhin et recréé pour le Ballet du Capitole, et une création,  « A nos amours ».

Classic Toulouse  :
Nous connaissions bien Kader Belarbi danseur, nous connaissions un peu le chorégraphe, après avoir vu « Hurlevents » …

Kader Bélarbi : Tout le monde ne connaît que « Hurlevents » (rires).

 : Eh bien oui, je ne sais pas pourquoi…

K.B. : Oui, parce que j’ai travaillé à l’étranger, les grandes pièces je les ai données à l’étranger. Ce qui fait que les gens se sont fixés sur « Hurlevents ». J’ai fait « La Bête et la Belle » aux Grands Ballets Canadiens, « Entrelacs » pour le Ballet National de Chine, « Les Saltimbanques » en 1998 pour la Maison de la Danse de Lyon, c’était excentré, personne n’est venu à cette époque là, « Le Mandarin merveilleux », c’était à Genève, donc voilà…


Kader Bélarbi en répétition
(Photo David Herrero)
 


 : Comment vous sentez-vous en chorégraphe ?

K.B. : Comment je me sens en chorégraphe ? Disons que je n’ai jamais anticipé sur une notion de carrière, je n’ai jamais eu l’idée d’être un chorégraphe. J’ai simplement été danseur. Comment ? C’est un mystère aussi. J’ai découvert le danseur en moi par deux fois : à l’entrée de l’école de danse et à mon entrée dans le corps de ballet. A ce moment là j’ai beaucoup remis en question la notion de danseur ; je me suis demandé ce qu’était ce métier et je suis donc devenu danseur cette seconde fois, à l’arrivée de Rudolf Noureev. Et puis au cours de ma carrière j’ai eu l’envie, à un moment donné, de pouvoir transmettre aux autres ce que je pouvais ressentir au niveau du mouvement, ce que comportait ce mouvement ; qu’il soit esthétique, chargé de sentiments.

Et j’ai commencé par faire ce que j’appellerai des essais chorégraphiques. C’était dans le cadre des Jeunes Chorégraphes de l’Opéra. C’était par goût du jeu, et pour la rencontre avec les autres, c’est, pour moi, capital.Je pense que la danse est un lien véritablement humain, social, qui peut être esthétique, mais c’est avant tout une rencontre humaine, qui ne devient totalement artistique qu’après. Le chorégraphe fonctionne aussi dans cette idée là. Sur ces quelques essais chorégraphiques, je n’ai jamais prétendu être chorégraphe. Je l’ai véritablement réalisé, et c’est très sincère, en 1998, quand pour le Japon j’avais réuni des danseurs de l’Opéra de Paris pour une production qui s’appelait « Picasso et la Danse », liée à la peinture, car je suis aussi un féru de peinture, et pourquoi pas dire un frustré, je passe beaucoup par cet axe pictural en général. Et donc cette pièce a été donnée au Japon. J’avais remonté « Icare » de Serge Lifar, avec l’accord de tous les ayants droit, « L’après-midi d’un faune » de Nijinski. Et j’y avais associé le rideau d’avant-scène de Picasso, qui a été perdu et que j’ai retrouvé, qui n’a été exposé qu’une fois en 1962. Il avait fait scandale, le scandale de la 3ème République selon les articles de l’époque que j’ai retrouvés ; pour nous, au jour d’aujourd’hui ce serait quelque chose de simplement érotique et à l’époque ça passait pour une chose tout à fait pornographique. J’ai seulement confronté le rideau de fond de scène de Bakst avec celui de Picasso. Ensuite, il y avait « Rendez-vous » de Roland Petit, avec bien sûr les photos de Brassaï. Ces reprises je les ai faites avec Fanny Gaïda, Nicolas Le Riche et en quatrième partie j’ai fait une création qui s’appelait « Les Saltimbanques ». J’étais parti du tableau « La famille des saltimbanques » de Picasso, que j’avais vu à Washington, et à partir de là j’ai fait une évocation poétique, avec également l’une des « Elégies » de Rainer Maria Rilke, entièrement consacrée à ce tableau. J’ai eu envie d’animer ces personnages et je suis reparti sur toutes les études de Picasso. A la suite de ce spectacle, des feuilles de commentaires avaient été distribuées au public japonais et j’ai eu de très très bonnes remontées. Et c’est la première fois que je me suis dit : « Tiens, si vraiment il y a de très bons échos et qu’il y a de la demande (la Maison de la Danse à Lyon m’a demandé ce spectacle), je peux construire quelque chose de consistant ». Et à partir de 98 j’ai pensé : je peux vraiment dire que je suis chorégraphe car j’ai bâti un vrai ballet d’une heure. De là ont découlé un certain nombre de ballets, de pièces, que j’ai faits à droite et à gauche selon le temps car je n’ai jamais voulu entraver ma carrière de danseur. Jusqu’à ce que Brigitte Lefèvre (Directrice de la Danse à l’Opéra. NDLR) vienne à Lyon voir « Les saltimbanques », et me donne cette opportunité incroyable en me disant de lui faire une proposition pour un ballet. Je croyais que ce serait une petite forme, mais elle voulait une grande forme. A l’origine « Hurlevents » était prévu pour le Japon, mais elle m’a dit : « non, ce sera pour nous, je le prends ». Et de là ont découlé d’autres propositions extérieures et principalement de l’étranger.

 : Ce qui explique pourquoi nous connaissions mieux « Hurlevents » et un peu moins « Entrelacs » ou « Les saltimbanques »

K.B. : Et ce que je voulais dire aussi c’est qu’il me paraît plus naturel pour moi d’être chorégraphe que danseur. Mais je peux dire ça parce que j’ai été danseur, ce qui me permet d’avoir cette connaissance des corps, des styles, des rencontres. J’ai construit le danseur, mais je me sens plus naturellement chorégraphe.


Kader Bélarbi et Davit Galstian en répétition (Photo David Herrero)

 

 : Un sens de la pédagogie peut-être ?

K.B. : Non, je crois que c’est plutôt la possibilité d’un dialogue plus direct avec l’autre. En tant que danseur on est plutôt égocentrique, tourné vers soi-même, même si on redonne tout ce que l’on a lors du spectacle, pour le public. Tandis que pour le chorégraphe il y a vraiment un contact direct.Et j’aime beaucoup, dans la création, cet instinct capital qui est la recherche d’un mouvement et cette relation, cette rencontre avec un ou des danseurs qui sont en face. C’est quelque chose qui me fait vibrer, et le médium c’est la danse.

 : Vous créez pour le Ballet du Capitole, ce qui pour nous, Toulousains, est un grand honneur…

K.B. : Mais pour moi aussi, car c’est un très très bon ballet.

 : Et justement, que pensez-vous de la Compagnie ?

K.B. : D’abord je veux tirer un grand coup de chapeau à Nanette Glushak et Michel Rahn qui font un travail académique excellent. Ce qui fait que je découvre un ballet, des danseurs des solistes qui ont une tenue exemplaire. Je trouve qu’ils sont d’une grande qualité technique ; le véritable langage classique est présent, est évident, et j’ai vraiment beaucoup de respect pour le travail qui a été fait, depuis les origines d’ailleurs, car je connais l’historique de Nanette, qui a construit véritablement de très bons danseurs. Et c’est merveilleux pour moi d’avoir ce que j’appelle la matière vivante, avec cette tenue, cette rigueur et cette excellence. Et c’est vrai aussi que le souhait de Frédéric Chambert, lorsqu’il m’a proposé de faire cette programmation, était d’essayer d’emmener les danseurs vers d’autres horizons, avec des mouvements plus ronds, des circulations, des choses dont ils ont moins l’habitude, car ils dansent surtout des grands ballets classiques ou du Balanchine, et trouver ainsi une autre manière de bouger, d’être mobiles. C’est vrai que je suis de facture classique, mon véhicule est vraiment le langage classique, mais j’utilise aussi ce que j’appellerai le corps d’aujourd’hui, la sensibilité contemporaine d’aujourd’hui. C’est ce que je cherche à travers les deux ballets que je présente ici. Comment pouvoir traduire des questionnements sociaux, humains ou sentimentaux qui sont actuels en utilisant la pointe, la technique classique, mais en le disant autrement selon le contexte. C’est un peu mon cheminement.

 : Vous devez certainement trouver une réponse auprès des danseurs ?

K.B. : Ils sont très réceptifs, très ouverts. D’abord ils sont très gentils, il y a une superbe ambiance ; on s’amuse aussi. J’aime beaucoup pouvoir travailler dans un échange spontané, direct, avec de la joie de vivre. Ça se passe vraiment bien, je suis ravi et heureux comme tout.

 : Eux aussi doivent être très heureux.

K.B. : Oui, oui, j’entends des échos, j’ai des retours dans ce sens.

 : Ils aiment danser, mais malheureusement ils ne dansent pas assez.

K.B. : C’est ce qu’ils m’ont dit. Et justement, je fais des propositions. Je vais essayer de les emmener en Russie et peut-être de faire un spectacle avec eux à Montauban, en juillet. C’est un grand festival à Moscou. Je suis en train de voir avec le Directeur (Frédéric Chambert, Directeur artistique du Théâtre du Capitole NDLR) et Nanette pour emmener les trois premières pièces, pas « Beethoven 7 » parce que c’est trop lourd. Si ça peut tourner ce serait formidable.


Kader Bélarbi et Evelyne Spagnol en répétition (Photo David Herrero)
 

Et on parlait du chorégraphe tout à l’heure. J’aime bien partir sur une thématique, et c’est vrai que le fait d’être indépendant m’en a donné l’envie, à la suite de la demande de la Comète, à Chalon en Champagne, qui m’a offert d’être artiste associé sur deux ans, donc de travailler sur la durée. Je leur ai proposé plusieurs programmes, un classique, un contemporain, un atelier chorégraphique ouvert à tous, ce que j’ai fait à Toulouse aussi, mais qui ne s’est pas finalisé sur une scène ici. Et j’ai eu l’envie, la volonté d’établir un partenariat entre Toulouse et la Comète, entre une Scène Nationale et une Maison d’Opéra. Et c’est ce qui se passe. Toulouse va pouvoir venir présenter un programme classique à la Comète au mois de février. Je pense que ce n’est qu’une question de désir et de volonté, d’échange. C’est ce qui se passe et j’en suis absolument ravi puisque ça peut se faire.


 :
L’arrivée de Frédéric Chambert change un peu le paysage chorégraphique pour le ballet.

K.B. : Je pense qu’il a des envies d’ouverture. Il m’a demandé d’animer ces ateliers chorégraphiques ici à Toulouse, de faire une conférence, et je trouve ça bien de travailler sur un contexte, et pas seulement être dans l’évènementiel, avoir fait une chorégraphie et puis dire au revoir. Tout cela forme un ensemble. Pour les ateliers chorégraphiques, j’ai souhaité que des danseurs du ballet puissent intervenir. Je les ai utilisés avec mon assistant chorégraphe, et ce sont des jeunes qui sont venus, qui ont été transmetteurs et qui ont aidé à accompagner tous les intervenants dans ces ateliers. Et j’ai des souvenirs d’enfants de cinq ans jusqu’à des dames qui avaient soixante-dix ans, ils étaient une cinquantaine et c’était un échange merveilleux.

 : Et la « Pavane du Maure » ?

K.B. : C’est un ballet que je n’ai pas dansé, mais que j’ai beaucoup vu danser, par Noureev et bien d’autres. En ce qui concerne le programme il faut dire que j’ai mis, sur toute la saison, la thématique du lien. C’est quelque chose que je trouve important. Le lien ici, je parle du premier ballet « Liens de table », correspond au lien familial ; « A nos amours » correspond au lien conjugal, et « La Pavane du Maure » correspond aussi au lien conjugal à travers Shakespeare avec la trahison, le pouvoir, la jalousie. Et ces trois pièces pour moi sont unies par cette thématique-là. Dans « Liens de table » il y a quatre personnages d’une même famille ; « A nos amours » c’est un seul couple, représenté par trois couples dans des étapes différentes de la vie : la jeunesse, l’âge adulte et la vieillesse. Et nous avons « La Pavane », avec quatre personnages, Desdémone, Othello, Emilia et Iago. Et je trouve que le point commun dans ces trois ballets, c’est un scénario au départ, et la danse ensuite sur un langage classique malgré tout, parce que « La Pavane » est classique, même si il y a la résonance de la « modern dance » avec la technique de José Limón et de Martha Graham.

 : Et donc vous retrouvez Monique Loudières.

K.B. : J’ai proposé d’inviter Monique Loudières, et Frédéric Chambert a été d’accord avec Nanette. Elle ne l’a jamais dansé non plus. On se retrouve tous les deux, pour une prise de rôle ! C’est possible grâce à notre expérience dans le domaine de la danse. C’est un ballet sur lequel on peut agir, il ne faut pas être trop jeune pour cette œuvre, c’est vraiment un ballet de maturité.

 : Nous vous retrouverons donc à la Halle aux Grains…

K.B : Salle à laquelle il a fallu que je m’adapte, surtout pour « Liens de table » où je n’ai pas de décor, contrairement à « A nos amours ». Mais ce n’est pas une salle vraiment faite pour la danse. Mais l’important est que ce que nous voulons exprimer atteigne les spectateurs.

 : Merci infiniment pour tout ce temps que vous nous avez consacré.

Propos recueillis par Annie Rodriguez

 

infos
 
Représentations du spectacle "A nos Amours" à la Halle aux Grains :

Les 12, 13, 16, 17 février à 20 h et 13, 14 février à 15 h.

Réservation
www.theatre-du-capitole.fr 

Tel : 05 61 63 13 13
 

 

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