www.classicToulouse.com
ARCHIVES
 
 

 

Entretien avec Audric Bézard - Ballet de l'Opéra National de Paris (26/03/2009)
     
   

« J’aime tout du moment que cela me fait vibrer »

Entré à l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris en 1994, il a alors 12 ans, il intègre le Corps de ballet de la prestigieuse maison six ans après. En 2002, il est nommé « Sujet » et a reçu en octobre 2008 le prix du Cercle Carpeaux. Flamboyant « partisan » dans l’Oiseau de feu, le 8 décembre 2008, lors de la soirée hommage que notre première scène nationale a consacré à Maurice Béjart, il aborde aujourd’hui des emplois de plus en plus conséquents et sera Lenski dans l’Onéguine de John Cranko, pour l’entrée au répertoire de ce ballet, à partir du 18 avril 2009.


Audric Bézard (Photo Michel Lidvac)

 

Rencontre

Classic Toulouse  :
Qui est Audric Bézard ?

Audric Bézard : Je suis vendéen, j’ai 26 ans et j’ai commencé la danse très tôt, en fait à trois ans et demi, à La Tranche-sur-Mer, d’où est originaire toute ma famille. C’est en allant voir ma sœur, elle a trois ans de plus que moi, dans ses cours de danse, que la passion m’est venue. Très vite j’ai commencé avec le modern jazz. C’est vers l’âge de huit ans que j’ai découvert le classique. C’est Georges Piletta qui m’a conseillé de présenter le concours de l’Opéra de Paris. J’ai été reçu. Et me voilà !

:Qu’est-ce qui vous attire dans cette discipline ?

AB :
je ne me suis jamais vraiment posé la question. J’ai toujours dansé, j’aime le challenge, le dépassement, le travail physique à l’image des sportifs de haut niveau. J’aime aussi bien sûr dégager des émotions, c’est le côté artistique.

: Danseur à l’Opéra de Paris, ce doit être un mélange de travail, de sacrifices, de contraintes et aussi un peu de bonheur.
Comment gérez-vous tout ça ?


AB : Beaucoup de travail, oui, mais toujours dans l’envie. C’est vrai que j’ai l’impression de ne faire que danser, mais, en même temps c’est ma passion. Le soir, avant de m’endormir, je pense aux rôles que je vais devoir interpréter. C’est vrai aussi qu’à 26 ans je n’ai pas la vie des jeunes de ma génération en termes de fêtes, de sorties, d’hygiène alimentaire et de vie, etc. C’est un peu dur mais c’est ce que j’aime donc je n’ai pas cette impression de sacrifice. Et quand quelque chose ne va pas j’appelle ma « petite mère », c’est Aurélie Dupont.


: Votre relation aux « Etoiles » ?

AB : En dehors du fait qu’elles me font rêver, j’ai beaucoup d’admiration et un profond respect pour elles. Imaginez un instant le courage qu’il leur faut pour être en permanence au sommet de leur art. C’est vertigineux d’avoir à briller dans tous les rôles.


Audric Bézard recevant le prix du Cercle Carpeaux* des mains de son Président Emmanuel Rodocanachi. A droite Brigitte Lefèvre,
directrice de la danse de l’Opéra de Paris (Photo Michel Lidvac)


: Depuis le début de cette saison, il est clair que les rôles que vous confie Brigitte Lefèvre vous font monter en puissance et vous exposent de plus en plus en termes de difficultés.

AB : C’est vrai. L’effet  paradoxal et immédiat est que j’ai de moins en moins peur d’aller en scène. J’ai toujours le trac, mais il est positif. Aujourd’hui j’arrive à reproduire sur scène mon travail de studio. Cela dit, les sujets sont parfois amenés à remplacer au dernier moment un soliste qui s’est blessé, donc je m’entraîne en permanence pour être au top de ma forme. En fait le rythme est de sept heure et demie par jour, soit 1h30  de cours plus 6h de répétitions, sauf les jours de spectacle où il n’y a que 3h de répétition.

: Vos goûts vous inclinent-ils plutôt vers  la danse contemporaine ou le répertoire classique ?

AB : J’aime tout du moment que cela me fait vibrer. Si je suis attiré par Killian ou Mats Ek, les grands Noureev me font toujours rêver. Certes la technique est différente mais pour moi il n’y a aucune barrière entre les deux. Cela dit, la musculature pour faire du classique et celle pour faire du moderne n’est pas du tout la même. Donc il convient chaque fois de retravailler son corps et de le remodeler  en fonction de la chorégraphie. J’aime bien cet aspect là du travail.

: Une expérience dans une troupe  similaire, je pense à Londres ou Milan, ne vous tente-t-elle pas ?

AB : Je suis resté « Quadrille » pendant 6 ans et c’est vrai qu’à cette époque, l’idée m’a traversé l’esprit. Là-dessus je suis passé Coryphée puis Sujet, donc la question ne se pose plus d’autant que nous avons à l’Opéra de Paris un répertoire d’une telle diversité que j’y trouve aujourd’hui mon bonheur. Par contre travailler occasionnellement avec d’autres danseurs que ceux de la troupe de l’Opéra de Paris, oui, certainement. D’ailleurs cet été je pars travailler avec Benjamin Millepied à New York.

: Qu’attendez-vous le plus de votre partenaire dans un pas de deux ?

AB : Avant tout un échange intense, dans les yeux mais aussi au travers de la musicalité, que l’on soit parfaitement coordonné l’un avec l’autre. L’échange sur scène est capital. Certes, en répétition les caractères s’affrontent parfois avec rudesse, les tempéraments sont là et l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris forge bien à ses affrontements constructifs. Devant le public il faut être tout simplement généreux. Et pour cela il faut danser avec son cœur, avec son âme, avec passion et ne pas se contenter de faire de la technique. Il faut d’abord que je sois vrai « de l’intérieur », c’est un peu égoïste je reconnais, mais ensuite j’espère que cette vérité est traduite dans le mouvement et que le public le ressent.

: Quel(s) rôle(s) rêvez-vous de danser ?

AB : Il y en a plein ! Certainement le Lac des cygnes, le Boléro de Maurice Béjart, L’histoire de Manon de Kenneth McMillan. La gestuelle de Béjart me fascine et me plaît, j’ai l’impression de la comprendre. Je viens de faire l’Elu dans son Sacre. Dans ce ballet, il est clair qu’on ne s’appartient plus. On donne et on reçoit tellement que cela devient complètement magique. J’imagine que le Boléro c’est ça aussi.


Audric Bézard
(Photo Sébastien Mathé)
 

: Vous seriez tenté par Air, le ballet de Saburo Teshigawara ?

AB : Bien sûr, mais je ne suis absolument pas prêt aujourd’hui. A vrai dire, ce ballet me fait peur, surtout de passer après Jérémie Bélingard, ce qu’il fait là dedans est complètement hors normes. Il me faudrait beaucoup travailler sur la respiration, la décontraction, essayer de trouver un maximum de sérénité. En réalité je suis toujours un peu tendu, aussi je me suis mis au yoga depuis un an et cela ne me réussit pas mal.

: Imaginez-vous un jour écrire une chorégraphie ?

AB : Pourquoi pas, mais pour l’instant je n’en ai ni l’envie ni le besoin et en plus je ne m’en sens pas capable.

Improviser sur mon corps, oui, mais écrire pour d’autres, non. Aujourd’hui, je suis littéralement assoiffé d’interprétation, je suis complètement dans ma carrière de danseur et je n’ai pas envie de penser à autre chose.

: Le plus important challenge à venir ?

AB : Certainement l’entrée au répertoire de la troupe de l'Opéra de Paris de l’Onéguine de John Cranko. Je serai Lenski. J’ai vu l’opéra de Tchaïkovski, j’ai lu le roman de Pouchkine et je trouve mon personnage très intéressant. En plus Cranko a écrit pour lui une très belle variation lente ainsi qu’un magnifique pas de deux.

: Qu’est-ce qui vous tient le plus à cœur ?

AB : L’amour, celui de la vie, des autres, de ma famille, de mon travail. Tout simplement.

Propos recueillis par Robert Pénavayre

 

 

infos
 


Tous les spectacles de l’Opéra National de Paris, renseignements et réservations sur :

www.operadeparis.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* " Le Cercle Carpeaux est une association qui est régie par la loi de 1901.
Elle a pour objet de contribuer à accroître en France et à l'Etranger, le rayonnement de l'Art Lyrique et Chorégraphique tel que celui-ci s'exprime à l'Académie Nationale de Musique et de Danse. A cet effet, l'association inspire et organise soit au Théâtre national de l'Opéra, soit en d'autres lieux, des manifestations susceptibles de mettre en valeur les oeuvres lyriques et chorégraphiques les plus marquantes.
Son siège est à Paris au Théâtre National de l'Opéra depuis 1948.
Elle attribue un Prix de Danse à un Lauréat choisi dans le corps de ballet et un Prix Lyrique à un Lauréat choisi parmi les jeunes solistes de l'Atelier Lyrique de l'Opéra national de Paris dont le Directeur est Christian Schirm."

 

 

 

 

 

 



 

 

copyright © 2007
www.classictoulouse.com
- tous droits réservés -
infos légales

 

 

 

entretiens - festivals - concerts - danse - opéra - disques - dvd - partenaires - contacts - liens - index