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Danse/ Opéra de Paris / Proust ou les intermittences du coeur (21/03/2007)
     
CRITIQUE
     

Comme un enivrant et sulfureux parfum

Créée à Monte Carlo en 1974 par le Ballet de Marseille, celui-là même qui la proposa au public parisien en 1988, « Proust ou les intermittences du cœur », l’une des œuvres majeures du chorégraphe Roland Petit, se devait d’intégrer le répertoire de notre première scène nationale. C’est chose faite.


« La regarder dormir » avec Manuel Legris et Isabelle Ciaravola
(photo Laurent Philippe)


« Le combat des anges » avec Stéphane Bullion et Hervé Moreau

 

Mettant en perspective le monde proustien au travers de séquences issues de « La recherche »  et sélectionnées en collaboration avec Edmonde Charles-Roux, Roland Petit va choisir tout un kaléidoscope musical, guidé en cela par le livre de la gouvernante et confidente de Proust, Céleste Albaret. Vont donc répondre à l’appel du chorégraphe : Camille Saint-Saëns, Renaldo Hahn, César Franck, Gabriel Fauré, Claude Debussy, Beethoven et, bien sûr, Richard Wagner dont de larges extraits de l’ouverture de Rienzi entraînent le final de ce spectacle dans un tourbillon abyssal.
Ce sont donc treize tableaux qui vont illustrer ce récit proustien. Séparés en deux actes, ils fixent les grandes lignes de cet immense roman.
La première partie, intitulée « Quelques images des paradis proustiens » met en scène Madame Verdurin, Gilberte, Odette, Swann, Albertine, Andrée et Proust jeune. C’est le moment des « Jeunes filles en fleurs », de la fraîcheur, de la pureté, de l’innocence…et des premiers doutes.
Le pas de deux entre Albertine et Proust jeune, baptisé « La regarder dormir », somptueusement interprété par Manuel Legris (étoile) et Isabelle Ciaravola (première danseuse) demeure un moment d’une incroyable émotion, mêlant à l’unisson de talents hors pair une musicalité permanente à une virtuosité sans faille et toujours au service du récit. Entre ces deux êtres, Roland Petit a tissé une chorégraphie d’une lumineuse pureté, toute en souplesse et mélismes subtils. Un moment inoubliable.
La seconde partie de ce ballet porte en son titre l’essence même de ce que va devenir alors le geste chorégraphique : « Quelques images de l’enfer proustien ». Le premier tableau met en présence Morel et Monsieur de Charlus.

L’attirance physique que provoque le jeune violoniste chez Monsieur de Charlus installe définitivement le thème de l’homosexualité dans le discours. Ce sera le fil rouge jusqu’au rideau final. La chorégraphie devient plus tempétueuse, plus  agressive, plus sombre et plus spectaculaire aussi. Elle culmine dans un pas de deux vertigineux, unissant Morel et Saint-Loup, intitulé « Le combat des  anges ». Morel, ange de la nuit, va entraîner Saint-Loup, ange de la lumière, vers les ténèbres qui sont son seul univers. Hervé Moreau (étoile) interprétant Saint-Loup avec une sensibilité et une sensualité quasiment palpables ainsi qu’un aplomb technique ébouriffant, ce n’est pas vraiment une surprise, ce jeune danseur dominant aujourd’hui son art avec une absolue maîtrise. Face à lui, c’est un jeune sujet, Stéphane Bullion, qui avait la tâche fascinante d’incarner Morel,  l’Archange du Mal. Dire qu’il serait étonnant de ne pas le voir rapidement accéder au grade suprême de sa discipline relève de l’euphémisme tant sa sûreté, son élégance et sa conviction s’imposent de spectacle en spectacle.
Il faut bien sûr saluer aussi, pour leur contribution essentielle et leur excellence, l’ensemble des autres interprètes  ainsi que l’Orchestre de l’Opéra de Paris placé sous la direction de Koen Kessels.

Robert Pénavayre

 

 

 

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