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Danse/ Opéra de Paris - Jeunes danseurs / 26-03-2009
     
CRITIQUE

Un extraordinaire potentiel

Baptême du feu pour une vingtaine de jeunes danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris, projetés sous les feux de la rampe dans des rôles de premier plan.

Tradition plus que judicieuse, les soirées au cours desquelles Brigitte Lefèvre propose à une partie de ses quadrilles et de ses coryphées de se produire dans des premiers rôles, sont aussi l’occasion de vérifier, de tester aussi,  la « profondeur » de cette troupe, faut-il le rappeler parmi les plus prestigieuses du monde.
La soirée 2009 devrait permettre à la Directrice de la danse et au futur patron de l’Opéra de Paris, Nicolas Joel, de dormir sans trop d’angoisse sur ce sujet !
Juste un petit rappel, la troupe se compose, dans l’ordre des nominations, de 46 quadrilles (y compris les stagiaires), 37 coryphées, 40 sujets, 16 premiers danseurs et 15 étoiles. Un effectif pareil se gère quasiment en permanence et réclame une attention journalière. Les soirées « Jeunes danseurs » permettent bien sûr de juger de la capacité de ces derniers à tenir des emplois plus lourds techniquement que ceux dédiés au corps du ballet dans lequel ils ont l’habitude d’évoluer, mais aussi de leur capacité à exprimer leur talent devant un public. Avec tous les problèmes de trac que cela peut supposer…
Pour ce faire, bien que les décors des œuvres interprétées soient absents ou à peine ébauchés, et pour cause, il y en a neuf différentes,  les costumes sont bien là de même que, luxe suprême, l’orchestre, en l’occurrence celui des Concerts Colonne, sous la direction, ô combien savante et attentive, d’un maître en la matière : Koen Kessels.
D’une durée moyenne de dix minutes, les extraits présentés appartiennent au répertoire de l’Opéra de Paris et ont été travaillés pour l’occasion avec des répétiteurs prestigieux dont Manuel Legris, Claude de Vulpian, Wilfried Romoli, etc.
Académique, néoclassique ou moderne, tous les styles sont présentés, démontrant bien sûr l’étendue des capacités de ces jeunes interprètes.

Du Corsaire à Aunis, tout un kaléidoscope des possibles

Ouvrant le ban, ce qui n’est jamais le plus facile,  le Pas de trois des Odalisques, extrait du 2nd acte du Corsaire, signé Jean-Guillaume Bart d’après Marius Petipa, est un moment de danse pure proposant aux danseuses (Marion Barbeau, Valentine Colasante et Jennifer Visocchi), en particulier lors des variations, de montrer leur parfaite maîtrise de la grammaire académique du 19ème siècle.
Unique chorégraphie de la légendaire Marie Taglioni (1804-1884), Le Papillon n’est plus donné aujourd’hui. En effet, l’argument de ce ballet relate les aventures d’une jeune fille transformée en papillon et qui, pour se libérer de ce sort, doit se brûler les ailes. Or, la créatrice du rôle, Emma Livry, mourut deux ans plus tard en interprétant La Muette de Portici, son tutu s’étant enflammé sur scène. Elle avait 21 ans.


Charline Giezendanner et Marc Moreau dans Tchaikovski-pas de
deux
© Agathe Poupeney
 
Après cette disparition tragique, ce ballet fut retiré du répertoire. Pierre Lacotte a reconstitué le pas de deux du 2nd acte en 1976 pour faire ses adieux à la scène, le dansant avec Dominique Khalfouni. C’est celui-ci que présentèrent Allister Madin et Marine Ganio, la fille de… Dominique Khalfouni. Nous sommes toujours dans un académisme des plus purs dans lequel ces deux jeunes interprètes affrontent avec bonheur des difficultés de tout premier plan.C’est le cas également d’Héloïse Bourdon et Yvon Demol dans ce paradigme du ballet blanc qu’est Le Lac des cygnes (adage du 2nd acte), ici dans la chorégraphie de Rudolf Noureev.
Avec un large extrait du 1er acte de La Petite danseuse de Degas, un ballet de Patrice Bart créé in loco en 2003, c’est la danse d’hier qui flirte avec celle d’aujourd’hui dans un mariage d’une formidable subtilité.
Trois jeunes interprètes (Ludmila Pagliero, Aubane Philbert et Grégory Dominiak)  nous donnent à admirer cette rencontre avec une fluidité et une sensibilité tout à fait remarquables.
Le Tchaikovski-pas de deux, chorégraphié par Balanchine en 1960, est tout simplement une variation demandée au compositeur par la prima ballerina qui créa son Lac en 1877. Elle s’inscrit au 3ème acte durant le duo Odile- Siegfried. Cette partition particulière, à tous les sens du terme, ne fut retrouvée qu’en 1953. Balanchine en fit une œuvre propre à souligner les prouesses techniques les plus ébouriffantes. Réclamant des danseurs totalement engagés, elle trouve, avec Charline Giezendanner (à vrai dire déjà sujet) et Marc Moreau (coryphée), des interprètes stupéfiants non seulement techniquement et musicalement, mais aussi resplendissants d’une présence, et n’ayons pas peur des mots, d’un charisme aveuglant. Une ovation a légitimement clôturé cette  prestation d’une suprême élégance. Deux noms qui devraient rapidement évoluer.


Amandine Albisson et Yannick Bittencourt dans le pas de deux de Sylvia
© Agathe Poupeney

Suivait le Donizetti-pas de deux, sur des musiques de ballet du père de l’immortel Elixir d’amour. Première chorégraphie de Manuel Legris en 2007, elle ambitionne de mettre en valeur la maîtrise des techniques classiques de ses interprètes. Objectif atteint avec Eléonore Guérineau et Fabien Révillion.
Amandine Albisson et Yannick Bittencourt nous ont offert le premier pas de deux extraits du 1er acte de Sylvia dans la chorégraphie de John Neumeier. Situant leur interprétation largement au-delà de la simple prouesse technique, aussi virtuose soit-elle, ces deux jeunes danseurs démontrent, en même temps qu’une élégance de chaque instant, une parfaite assimilation du style propre au chorégraphe américain. Deux autres noms à suivre incontestablement.
Béatrice Martel a écrit, et créé, ce Figure libre, sur une musique d’Anton Webern, en 2004. Sans véritable trame narrative, elle entraîne ses interprètes dans un univers où la légèreté de l’être se conjugue paradoxalement avec une diabolique précision du geste. Fanny Gorse et Alexandre Gasse se lancent avec bonheur dans une aventure toute droite issue du dépouillement essentiel des pensées extrême-orientales.


Aunis, avec Axel Ibot, Daniel Stokes et Mickaël Lafon © Agathe Poupeney

Trois filles avaient démarré la soirée, il revient à trois garçons de la clore. Ce sera avec Aunis, sur une chorégraphie de Jacques Garnier (1979) et une musique de Maurice Pacher, d’ailleurs présent avec son accordéon diatonique. Sur des rythmes alternant valse, tango, gigue, et des pas se souvenant du folklore saintongeais, pays d’origine du chorégraphe, Axel Ibot, Daniel Stokes et Mickaël Lafon  semblent regarder avec une nostalgie, pleine d’une émotion qu’ils nous font subtilement partager, vers un passé irrémédiablement entré dans les brumes du souvenir, celui de l’enfance.
Comme un clin d’œil et une émouvante signature au programme de cette soirée dédié à de jeunes danseurs à l’aube d’échéances souveraines.

Robert Pénavayre

 

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