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Danse/ Opéra de Paris - Proust ou les intermittences du coeur - 2/06/2009
     
CRITIQUE

Un joyau du répertoire de l’Opéra de Paris

C’est en 2007 que Brigitte Lefèvre affiche pour la première fois, au Palais Garnier, ce ballet  que Roland Petit écrivit en 1974 pour le Ballet de Marseille. L’accueil  fut triomphal. Son retour en cette fin de saison 2008/2009 ne pouvait que combler les amateurs.

Mettant en perspective le monde proustien issu de cette œuvre gigantesque qu’est « A la recherche du temps perdu », Roland Petit a sélectionné, en collaboration avec Edmonde Charles Roux, treize tableaux.  Guidé par le livre de Céleste Albaret,  gouvernante et confidente de Proust, le chorégraphe convoque dans la fosse d’orchestre Camille Saint-Saëns, Renaldo Hahn, César Franck, Gabriel Fauré, Claude Debussy, Beethoven et Richard Wagner.
Deux actes, si l’on peut dire, dans ce récit proustien. Deux parties extrêmement différentes de ton.
La première, intitulée « Quelques images du paradis proustien », nous dévoile les personnages clés du roman : Madame Verdurin, Gilberte, Odette, Swann, Albertine, Andrée et Proust jeune. C’est le moment des « Jeunes filles en fleurs », de la fraîcheur,  de l’innocence…et des premiers doutes. D’une lumineuse pureté, tout en souplesse et mélismes subtils, le pas de deux intitulé « La regarder dormir » en constitue le sommet. Il réunit Albertine et Proust jeune. Nous avions laissé en mars 2007 Isabelle Ciaravola Première Danseuse, nous la retrouvons dans ce même rôle d’Albertine aujourd’hui mais avec son statut d’Etoile. Une autre Etoile, Hervé Moreau, danse avec elle, sur la 3ème symphonie avec orgue de Saint-Saëns, ce moment inoubliable d’une incroyable puissance émotionnelle. Ces deux artistes exceptionnels mettent au service de cette confrontation finalement cruelle, tout un art fait de musicalité, d’émotion et de parfaite maîtrise. Sublime !


Isabelle Ciaravola et Hervé Moreau : « La regarder dormir »
(Photos : Julien Benhamou)

Le titre même de la seconde partie indique ostensiblement le changement d’atmosphère. Nous entrons dans « Quelques images de l’enfer proustien ». Le premier tableau ne peut être plus explicite. Il met en présence Morel et Monsieur de Charlus. L’attirance physique  que provoque le jeune violoniste chez Monsieur de Charlus installe définitivement le thème de l’homosexualité dans le discours dramatique. Ce sera alors le fil rouge jusqu’à la fin de ce ballet. La chorégraphie devient plus tempétueuse, plus agressive, plus sombre et plus spectaculaire. Fini le ballet aérien des « Jeunes filles en fleurs » au bord de la plage du 1er acte. Avec « Les enfers de Monsieur de Charlus », nous sommes même dans l’univers de la violence masochiste, avec « Monsieur de Charlus vaincu par l’impossible », c’est le monde de la prostitution et du vice qui s’impose. Mais cet acte est dominé par ce que le chorégraphe a baptisé « Le combat des anges ». Il met en présence, dans un vertigineux pas de deux, Morel, ange de la nuit, et Saint-Loup, ange de la lumière qui sombrera, après un titanesque combat.
En 2007, c’est un jeune Sujet qui incarnait l’Archange du Mal : Stéphane Bullion. A vrai dire, ce n’est pas une surprise de le retrouver dans ce rôle aujourd’hui, mais dans ses collants de Premier Danseur, tant sa sûreté, sa conviction, son incroyable charisme en font l’un des éléments clés de cette troupe. Autre sujet, à tous les sens du terme, à surveiller, Florian Magnenet est un Saint-Loup d’une luminosité aveuglante, dégageant une sensualité et une sensibilité quasiment palpables, à l’instar d’Hervé Moreau qui tenait cet emploi lors de la création in loco.


Florian  Magnenet et Stéphane Bullion : « Le combat des Anges »
(Photos : Julien Benhamou)

Un superbe spectacle donc, follement ovationné, pour lequel il convient de saluer la participation essentielle de l’ensemble du ballet, des autres solistes ainsi que de l’Orchestre de l’Opéra de Paris placé sous la direction de Koen  Kessels.

Robert Pénavayre



 

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