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Danse/ Opéra de Paris - La Bayadère - 02/06/2010
     
CRITIQUE

L’inaltérable et flamboyante Bayadère de
Rudolf Noureev

L’histoire de ce ballet est étroitement liée à la vie du célèbre danseur tatar, car c’est Rudolf Noureev lui-même qui interpréta pour la première fois en Occident le 3ème acte en 1961. Toute sa vie il songea à monter le ballet chorégraphié par Marius Petipa en 1877. L’Opéra de Paris lui en donnera l’opportunité en 1992, quelques mois avant sa disparition en 1993.

Dans les somptueux décors d’Ezio Frigerio, les costumes étincelants de Franca Squarciapino et les lumières de Vinicio Cheli, cette production est l’un des trésors de l’Opéra de Paris. Donnée régulièrement depuis sa création il y a presque vingt ans, elle vient de dépasser le cap des deux cents représentations ! Et toujours devant des salles combles. Sur la partition de Ludwig Minkus, ici dirigée par Kevin Rhodes à la tête de l’Orchestre Colonne, Noureev a su traduire de la façon la plus classique, mais aussi la plus sensuelle, toute l’atmosphère d’une légende digne des Mille et une nuits.


Ensemble du 2nd acte - Crédit photo : Jacques Moatti

Les amours malheureuses de Nikiya, la belle danseuse sacrée, et du jeune guerrier Solor nous parviennent ici avec un étrange parfum où se mêlent jusqu’à l’enivrement des senteurs d’opium. Il n’est rien de dire que le charme opère en ce Palais Garnier devenu pour l’occasion palais de Maharadja.
Le charme opère d’autant plus que l’élément clé de ce ballet se trouve dans… le Corps de Ballet. Ce dernier affronte ici de redoutables défis dont le célèbre acte des Ombres qui voit, sur une formule musicale et chorégraphique aussi lancinante que fascinante, 32 danseuses faire leur apparition, une par une, sur le plateau, pour finalement exécuter un alignement vertigineux de précision. Dans cet exercice ultra sensible, le corps de ballet de l’Opéra de Paris est unique au monde. Une longue ovation salua d’ailleurs cette prouesse.


Stéphane Bullion (Solor) et
Delphine Moussin (Nikiya)
Crédit photo : Sébastien Mathé
 

Ce soir-là, Delphine Moussin danse la Bayadère. Cette Etoile à la technique souveraine irradie une féminité faite de grâce et de fragilité. Et quelle musicalité ! Face à elle se dresse l’impitoyable Gamzatti de Stéphanie Romberg, Première danseuse très physique, accentuant le caractère malsain du personnage par une surprenante raideur.
Soulignons également dans cette distribution la présence d’Emmanuel Thibault, Premier danseur (l’Idole dorée), et de Charline Giezendanner, un Sujet qui fit vraiment sensation, par son assurance et sa dynamique, dans la deuxième variation du 3ème acte.
Non, je n’ai pas oublié Solor. Ce soir, c’est Stéphane Bullion (Premier danseur), un interprète qui se distingue, de spectacle en spectacle, comme l’une des valeurs les plus sûres de cette troupe. Distinction, maîtrise, musicalité, émotion sont les récurrents atouts de ses interprétations. Cette fois encore.

Mais ce dont ne se doutait pas ce jeune artiste, c’est que cette Bayadère allait l’amener, in fine, sur le chemin… des Etoiles. Devant un Palais  Garnier qui lui fit une ovation de près de vingt minutes, Nicolas Joel et Brigitte Lefèvre élevèrent donc, en ce mercredi 2 juin 2010, Stéphane Bullion, au rang d’Etoile de l’Opéra de Paris, saluant ainsi un parcours exceptionnel dans cette prestigieuse institution.

Robert Pénavayre

 

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