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Danse/ Opéra de Paris - Ballets Russes - CielEcran (22/12/2009)
     
CRITIQUE

Regards croisés…

Belle initiative de la part de Nicolas Joël, et belle victoire, que d’inclure dans le programme de CielEcran la dimension chorégraphique, avec rien moins que le Ballet de l’Opéra de Paris.


Mathias Heymann et Isabelle Ciaravola (Le Spectre de la rose)
Photo : Sébastien Mathé

 

Je ne vais pas reprendre ici les termes de la critique de mon confrère et ami, Robert Penavayre, sur l’hommage rendu aux Ballets Russes de Serge Diaghilev, car tout ce qu’il a écrit sur la perfection de la troupe de l’Opéra de Paris se retrouve autant à l’écran que sur scène.

Il reste qu’une distribution différente et l’approche cinématographique peuvent modifier, d’une certaine manière, la vision que l’on a du spectacle. C’est donc dans une salle comble que, le 22 décembre, le public toulousain, ainsi que celui d’une soixantaine d’autres villes en France, et au-delà en Europe, s’apprêtait à jouir d’une représentation que l’éloignement de la capitale ne permet pas de suivre en direct pour la plupart d’entre eux.

Le « Spectre de la Rose » est dansé pour cette soirée cinéma par Mathias Heymann et Isabelle Ciavarola.

La prestation de la danseuse est empreinte d’une rare poésie, les gros plans cinématographiques permettant de lire toutes les émotions sur son visage. Mathias Heymann se joue avec une certaine élégance des embûches chorégraphiques créées pour Nijinsky, et ses tours, ses sauts et ses glissades sont de très bonne facture. Peut-être regrettera-t-on cette impression qu’il donne de danser pour lui-même en « oubliant » parfois sa partenaire, et une certaine application qui estompe l’émotion qui devrait répondre à celle de la jeune fille.


Nicolas Le Riche et Emilie Cozette
(L’Après-midi d’un faune)
Photo : Sébastien Mathé

 

Nicolas Le Riche est le faune de cet « Après-midi » dont Nijinsky écrivit lui-même la chorégraphie. Son interprétation ne manifeste pas l’impatience, ni l’entêtement d’un jeune fauve en mal d’amour. Mais s’il n’a plus tout à fait l’âge du rôle il en a l’animalité et les gestes sont on ne peut plus suggestifs. Il possède cette science de la danse qui ne s’acquiert qu’avec l’expérience et si son faune est peut-être moins spontané qu’il ne conviendrait, il en a toute la sensualité. Emilie Cozette est la nymphe si convoitée, et l’on comprend le trouble du faune face à cette délicieuse enfant (faussement ?) effarouchée. La caméra effleurant le grain de beauté délicatement posé sur la lèvre de Mademoiselle Cozette émeut tout autant le spectateur.

José Martinez est le meunier du « Tricorne » et, à l’écran comme à la scène, on retrouve chez lui cette verve hispanique qui anime toute la pièce.

Il est certain que son apprentissage chez Victor Ullate et sa connaissance de l’« Escuela Bolera » sert à merveille son personnage. Le danseur est ce soir là vraiment habité par l’esprit de la danse. Son élégance naturelle, sa prestance enflamment vraisemblablement plus d’un cœur. Marie Agnès Gillot est sa meunière, avec une verve, un esprit, une gouaille qui fait parfaitement écho à ceux de son partenaire. Gageons qu’Alarcon, l’auteur de la pièce dont est tiré l’argument du ballet, ne renierait en rien ces interprètes, ni les décors et les costumes de Picasso.


José Martinez et Marie-Agnès Gillot (Le Tricorne)
Photo : Sébastien Mathé

C’est avec « Pétrouchka » que se termine ce spectacle. La caméra va de l’un à l’autre dans cette foule bigarrée qui envahit le plateau, nous permettant d’admirer la richesse et la variété des costumes. Claire Marie Osta est la poupée, cause de tous les malheurs de Pétrouchka ; elle écarquille les yeux avec application et oscille avec grâce, mais lui en demande-t-on plus dans ce rôle ? Yann Bridard roule des yeux avec conviction et se tire fort bien des jeux chorégraphiques du rôle. Et c’est peut-être avec lui que la magie du cinéma vire au tragi-comique quant l’objectif se pose malencontreusement, quelques secondes à peine, sur une couture qui a cédé à un endroit que la décence interdit de préciser mais non de remarquer. Benjamin Pech incarne le pantin malheureux. Disons-le franchement, son interprétation ne va pas jusqu’à nous bouleverser, et les larmes ne nous montent pas aux yeux comme ce fut parfois le cas avec le « Pétrouchka » de Noureiev. On reconnaît cependant en lui la patte de l’Opéra de Paris et il nous serait difficile de faire la fine bouche quand il nous est donné de voir un tel spectacle.


De gauche à droite : Yann Bridard, Clairemarie Osta et Benjamin Pech (Pétrouchka)
Photo : Sébastien Mathé

Et même si quelques spectateurs sont décontenancés par les ballets proposés, s’attendant à voir sous l’appellation « Ballets Russes » l’œuvre, non pas de Diaghilev, mais plutôt celle de Petipa, tous sont unanimes pour appeler de leurs vœux de nouveaux spectacles de danse sur CielEcran.

Annie Rodriguez

 

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