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Danse/ Ballet du Capitole - Balanchine-Duato - 14 au 17 avril 2011
     
CRITIQUE

“Por vos muero” Nacho, cuando tornáis
“el danzar en reír”…

Un quatrième programme d’exception pour le Ballet du Capitole, avec deux excellentes interprétations balanchiniennes, mais surtout une entrée éblouissante au répertoire avec le ballet de Nacho Duato : « Por vos muero », une perle d’un orient incomparable.

Que l’on pardonne ici l’emprunt, en guise de titre, fait à l’un des grands poètes du Siècle d’Or espagnol, Garcilaso de la Vega, dont les sonnets servent de liens au travail du chorégraphe, qui s’appuyant sur les vers du poète, transforme l’acte de danser en rire à travers le désir et la séduction, jusqu’à nous entraîner vers la mort.


Por vos muero - la Compagnie (Photo David Herrero)

« Désirer et mourir, séduire et mourir, danser et mourir, tels sont les thèmes de cette magistrale chorégraphie », ainsi qu’il a été écrit lors de la création en 1996. Et pour mieux soutenir une chorégraphie élégante, délicate qui unit les danses du passé à la grammaire actuelle de la danse, il choisit les musiques espagnoles des XVe et XVIe siècle, brillamment dirigées par Jordi Savall. Et par une écriture qui s’amuse à démonter les codes de la danse classique, tout en gardant avec un brin d’impertinence, beauté et simplicité, une chorégraphie donc, dont la moindre des qualités n’est pas la parfaite fusion avec la musique, Nacho Duato parvient à envoûter le public qui, bouche bée, assiste à cette succession de duos, de trios et d’ensembles (réunissant parfois uniquement des garçons) où le lyrisme et l’élégance le disputent à la musicalité. De son expérience auprès de Jiří Kylián il a gardé l’art de fluidifier les gestes, le sens de l’espace.


Por vos muero-  Maria Gutierrez - Kasbek Akhmedyarov
(Photo David Herrero)

 
Mais ne nous y trompons pas, Nacho Duato ne copie pas, il parle un langage très personnel, très espagnol en fait. Le dépouillement de la scénographie nous permet de mieux apprécier la pureté des mouvements, qu’ils évoquent la délicatesse des danses de cour ou la fougue des danses populaires. Les corps se fondent, s’éloignent, la perfection des lignes se brise soudain, les mains dessinent des figures qui apparaissent l’espace d’un instant et disparaissent. Grâce à l’alchimiste Duato, la musique se fait chair. Ajoutez à cela la voix, qu’aucun adjectif ne peut réellement qualifier, de Miguel Bosé disant les vers de Garcilaso, et la magie opère et nous submerge.
Pour cette œuvre Nanette Glushak a choisi de faire alterner deux distributions, permettant ainsi aux solistes et aux danseurs du corps de ballet d’exprimer tout leur savoir-faire.

Si les solistes et les demi-solistes ont été à la hauteur de leur rang et tous remarquables, les « jeunes » n’ont en aucun point démérité. Si la fibre hispanique a particulièrement brillé chez Nuria Arteaga (radieuse) et Demian Vargas, tout comme elle a inspiré María Gutiérrez, il est difficile de ne citer ici que quelques-uns des danseurs tant il était évident que tous prenaient un plaisir extrême à interpréter cette œuvre et par là-même dansaient avec tout leur cœur et toute leur technique. Alors il y a le charme de Pascale Saurel, la joie de Fabien Cicoletta, l’élégance nordique de Julian Ims, la grâce de Tatyana Ten, l’énergie de Takafumi Watanabe, la vivacité de Vanessa Spiteri, toute la féminité de Maki Matsuoka. Et tous les autres encore… L’ovation qui déferla à la fin du ballet de tous les étages de la Halle aux Grains démontra, si besoin était, l’enthousiasme du public. Nous avons vécu des moments très particuliers, qui, nous l’espérons, se reproduiront très vite, dans la mesure où ce ballet est entré au répertoire de la Compagnie.


Por vos muero - Nuria Arteaga - Dmitry Leshchinskiy (Photo David Herrero)

Deux chorégraphies de George Balanchine, encadraient le ballet de Nacho Duato. Tout d’abord la Symphonie écossaise sur la musique de Mendelssohn, une œuvre enjouée, enlevée qui nous a permis d’apprécier la rigueur des ensembles, le pas de trois où s’illustrent la toute nouvelle venue Olivia Hartzell (une belle promesse balanchinienne) Jérôme Buttazzoni, toujours aussi élégant et Takafumi Watanabe qui de programme en programme s’affirme comme l’un des très bons éléments de la Compagnie. Evelyne Spagnol et Valerio Mangianti pour la première distribution, et Maki Matsuoka et Davit Galstyan, pour la seconde interprétaient l’adagio, pur mouvement balanchinien. Les deux premiers interprètes font ici démonstration de leur solide technique. Les seconds sont éblouissants de jeunesse et de virtuosité.


Symphonie écossaise - Vanessa Spiteri - Demian Vargas - Ina Lesnakowski -
Vladimir Bannikov (Photo David Herrero)
Le troisième ballet, Raymonda Variations sur la musique de Glazounov, se veut un hommage au ballet de Petipa, mais comme souvent chez Balanchine, il s’agit d’un divertissement sans argument, où la virtuosité reste le maître mot. Et l’on sait que la Compagnie excelle dans ces pièces. Comme pour «Por vos muero », les deux distributions permettaient à l’ensemble de la Compagnie de se produire. Le travail sur pointes des danseuses est exceptionnel qu’il s’agisse de Juliana Bastos, de Marina Laffargue, de Nuria Arteaga, de Lucille Robert, de Magali Guerry (impressionnante) et de toutes les autres. Kazbek Akhmedyarov et Davit Galstyan, tour à tour partenaires de Maki Matsuoka, rivalisèrent de virtuosité et d’élégance. Quant à Maki Matsuoka, il nous faut saluer ici sa performance. En effet, en raison d’une légère blessure qui ne lui permettait pas de chausser les pointes, María Gutiérrez dut renoncer à danser les Balanchine. Maki a donc assuré l’ensemble des représentations, sans se départir de son éblouissant sourire, de sa grâce et de son impeccable technique.

Raymonda variations - Maki Matsuoka - Davit Galstyan (Photo David Herrero)

Si les deux Balanchine ne furent pas une surprise quand on sait que la Compagnie est l’une des meilleures troupes en France pour ce répertoire, l’éblouissement vint du ballet de Nacho Duato. Ce Por vos muero, après le Na Floresta d’il y a quelques saisons, confirme bien que le chorégraphe espagnol est l’un des grands de notre époque.

Annie Rodriguez

 

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