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Concerts / Musique au Palais - 25 et 26 novembre 2017
     

CRITIQUE

Le voyage musical de Musique au Palais 

Les 25 et 26 novembre derniers, l’Association Musique au Palais a brillamment renouvelé l’organisation de son festival dans le cadre prestigieux du Palais Niel, QG de l’armée de Terre et des parachutistes, au cœur de la ville, au bénéfice d’associations caritatives militaires. Pour la troisième année consécutive, musiciens professionnels et amateurs se sont retrouvés et stimulés dans ce même cadre raffiné afin d’échanger leurs regards sur la musique, leur évidente passion pour elle. Ces deux jours de voyage musical à travers des répertoires divers ont attiré un public nombreux et visiblement conquis.

Organisée avec ferveur par la directrice musicale de Musique au Palais, Emmanuelle Sirat, cette double série de trois concerts quotidiens a entraîné artistes et spectateurs sur les chemins balisés ou non de répertoires aussi riches que divers. Deux thèmes majeurs ont occupé ce long week-end : le samedi, consacré à la période romantique, et le dimanche dédié aux divers mouvements musicaux de l’Europe de l’Est, ont ainsi entraîné public et interprètes dans une exploration passionnante de notre Europe musicale dont il n’est pas possible de détailler chacune des étapes tant est foisonnante la multiplicité des étapes.

L’expression des sentiments

Les trois concerts du samedi abordent donc la période romantique. Depuis le Carnaval de Schumann défendu avec ferveur par Ariel Sirat, jusqu’à la belle Sonate n° 2 pour violon et piano de Grieg, par Jean-Marc Kérisit et Ferruccio Amelotti, en passant par la poétique vision de Claire Rocher des Variations Sérieuse de Mendelssohn, la première étape fait la part belle au piano.



Le trio Zadig. De gauche à droite : Boris Borgolotto, violon, Ian Barber, piano,
Marc Girard Garcia, violoncelle - Photo Patricia Maupetit -

Une émouvante Schubertiade occupe le cœur de l’après-midi. Cette institution viennoise autour du tendre Schubert met en exergue la citation favorite du compositeur, parole sacrée signée Martin Luther : « Qui n’aime pas le vin, les filles et le chant, reste un fou sa vie durant » ! Ouverte sur quelques lieder du Winterreise (Voyage d’hiver) par la soprano Anne-Florence Viala et le pianiste Tancrède L’Homme, cette séquence centrale culmine dans la bouleversante interprétation du Trio n° 2, opus 100 par le jeune mais déjà célèbre Trio Zadig. Cet ensemble, constitué de Boris Borgolotto, violon, Marc Girard Garcia, violoncelle et Ian Barber, piano, s’implique à tel point dans cette œuvre qu’une intense émotion donne le frisson. A coup sûr, l’un des grands moments de tout le week-end. A noter également le talent évident de la jeune pianiste iranienne Arghavan Sadeghipour dans les poétiques Drei Klavierstücke D. 946.
La séquence des « Grands Romantiques » de ce samedi a dû être réorganisée du fait d’une défaillance pour problème de santé. Deux épisodes consacrés à Chopin encadrent finalement la lumineuse Sonate n° 10 pour violon et piano, de Beethoven. Pierre Hamel, premier violon de l’Orchestre des Concerts Colonne, y déploie sa sonorité et son phrasé de rêve, soutenu avec ardeur par Ariel Sirat.
De Chopin, Jean-Pierre Salmona joue la Fantaisie opus 49 et la Barcarolle opus 60, alors que le jeune et très prometteur Vincent Martinet déploie un talent déjà affirmé dans un florilège de ces Valses qui balisent toute la production du compositeur.



Pierre Hamel, violon et Ariel Sirat, piano - Photo Patricia Maupetit -

Au cœur de l’Europe Centrale

Les trois étapes du dimanche couvrent un vaste domaine culturel et musical. L’influence des traditions orales sur trois des grands compositeurs de la Mitteleuropa occupe la première séquence. Les rythmes inouïs et la richesse harmonique de la 2ème Rhapsodie en ré mineur pour violon et piano, de Béla Bartók sont offerts par le duo Jean-Marc Kérisit et Ariel Sirat. Leoš Janáček, dont l’intensité expressive et l’originalité semblent émerger de ses  opéras hauts en couleurs, reçoit à son tour l’hommage musical Jean-Marc Kérisit (décidemment infatigable !) et de Ferruccio Amelotti. Le Trio pour piano, violon et violoncelle n° 4 « Dumky » d’Antonin Dvořák complète cette première étape. Trois jeunes interprètes confèrent à cette partition basée sur la dumka, chant populaire plein de vitalité, une énergie réjouissante. Le violoniste David Strongin, la violoncelliste Romane Montoux-Mie et la pianiste Arghavan Sadeghipour s’investissent dans cette démarche proche du folklore avec une ardeur particulière.
Au cœur de cet après-midi dominical, Brahms cohabite avec la musique Klezmer. Après une série de Danses hongroises du compositeur du célèbre Requiem allemand, animées par Ferruccio Amelotti et Jean-Pierre Salmona, un trio de choc s’installe dans le salon du Palais Niel. Jean-Pierre Cohen, piano, Jacques Bilfeld, violon et André Antibi, chant/guitare/saxophone, font revivre cette touchante tradition musicale des juifs ashkénazes dénommée « Klezmer » au cours du XXème siècle. Développée dès le XVème siècle, cette pratique populaire utilise les instruments et le chant comme véhicule de la voix intérieure de chacun. Ainsi se succèdent quelques chansons en yiddish, cette belle langue d’origine germanique mêlée d’hébreux et de dialectes slaves. On reconnaît au passage quelques mélodies de chansons célèbres.



Clara Cernat, violon, Thierry Huillet, piano - Photo Patricia Maupetit -

La séquence finale s’ouvre sur une magnifique exécution de la sonate pour violon et piano n° 2 de Béla Bartók, dont on ne peut qu’admirer l’imagination harmonique et rythmique. Pierre Hamel et Ariel Sirat en déploient les merveilles avec une admirable conviction. La fin de cet après-midi foisonnant est confié à un célèbre duo toulousain, celui formé par la violoniste (et altiste) Clara Cernat et son époux, le pianiste (et compositeur) Thierry Huillet. On connaît l’énergie, l’originalité et le professionnalisme de ce couple infatigable ! Ces deux personnalités explorent ce soir-là un florilège chaleureux des musiques savantes et traditionnelles du riche terroir de cette Europe Centrale et Orientale. Smetana, Enesco, Porumbescu (étape émouvante en hommage à ce compositeur roumain disparu très jeune), et même Monti et sa populaire et célébrissime Czardas. Deux compositeurs français s’immiscent dans cette palette colorée. Ravel avec sa pièce emblématique Tzigane, est joué ici avec une énergie et presque une rage incroyables. Et puis on retrouve avec plaisir l’une de sept fables de La Fontaine mises en musique par Thierry Huillet lui-même qui en énonce également les mots. Il s’agit ici de la fable pleine d’humour et d’esprit, Le Rat des villes et le Rat des champs, dont la musique s’imprègne d’un irrésistible orientalisme.
L’incroyable et sympathique voyage s’achève enfin sur la promesse de se retrouver l’année prochaine pour de nouvelles aventures partagées entre grands amateurs et musiciens professionnels. Un dialogue qui fonctionne !

Serge Chauzy
Article mis en ligne le 2 décembre 2017

 

 

infos
 

Les 25 et 26 novembre 2017 à 14 h, 16 h et 18 h au Palais Niel

Renseignements et réservations :

Tél. : 06 81 00 59 10


musiqueaupalais@
gmail.com


http://musiqueau
palais.org/toulouse/


 

 

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