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Concerts/ Grands Interprètes / Orchestra of the Age of Enlightenment
18/11/2010
     

CRITIQUE

Les lumières du Sérail

Le premier grand singspiel de Mozart était au programme du dernier concert de la saison des Grands Interprètes, le 18 novembre dernier. Cette version de concert de « L’Enlèvement au Sérail » était également l’occasion d’accueillir pour la première fois à Toulouse « The Orchestra of the Age of Enlightenment », autrement dit l’Orchestre de l’Âge des Lumières, la phalange londonienne spécialisée dans l’interprétation des grandes œuvres du répertoire baroque et classique sur instruments d’époque.


L'Orchestra of the Age of Enlightenment dirigé par Bernard Labadie - De gauche à droite :
Alastair Miles, Joshua Ellicott, Malin Christensson, Bernard Labadie, Aline Kutan,
Frédéric Antoun et Laurent Natrella - Photo Classictoulouse

Une version de concert de cet opéra particulier se heurte à une difficulté, celle des dialogues parlés. Le chef canadien Bernard Labadie, qui dirige cette belle production, et ses musiciens ont intelligemment choisi d’y substituer l’intervention d’un récitant, en l’occurrence l’excellent acteur de la Comédie Française Laurent Natrella. Le texte, signé Simon Butteriss, dans une traduction française de Dominique Hollier, guide le spectateur dans l’intrigue du livret de Gottlieb Stéphanie le Jeune. Il n’hésite pas en outre à mêler au récit quelques commentaires impertinents qui actualisent le propos, un peu à la manière dont Jacques Offenbach « modernisait » le discours antique de certaines de ses opérettes. Le lien avec la musique se fait ainsi tout naturellement.
L’orchestre, mené de main de maître par Bernard Labadie, distille un équilibre sonore d’un relief étonnant. La fraîcheur lumineuse des vents, en particulier, leur restitue un rôle prépondérant. Ils incarnent ainsi comme des avatars des personnages eux-mêmes. La joyeuse impertinence du hautbois solo, en particulier, impose son commentaire. En outre, la « turquerie », incarnée par le piccolo, la grosse caisse, le triangle et les cymbales joue avec efficacité son exotisme oriental. Bernard Labadie n’hésite pas à prendre tous les risques, aussi bien dans des équilibres sonores originaux que dans d’étonnantes variations de tempo. C’est notamment le cas dans le long prélude de l’air central de Konstanze.


Le chef d'orchestre canadien Bernard Labadie et le ténor Frédéric Antoun dans
"L'Enlèvement au Sérail" - (Photo Classictoulouse)

La distribution vocale tient toutes ses promesses. Aline Kutan endosse crânement la tessiture inhumaine du rôle de Konstanze. Aigus éclatants, vocalisation parfaite digne d’une Reine de la Nuit qu’elle incarne d’ailleurs souvent, elle traduit avec finesse les affects de la douces captive. Nostalgique dans sa première aria « Ach ich liebte », tout comme dans la touchante déploration « Traurigkeit », elle laisse éclater sa révolte avec flamme dans le célèbre et meurtrier « Martern aller Arten ». L’accorte suivante Blondchen est incarnée avec grâce par la charmante Malin Christensson, à laquelle on pardonnera un aigu raté. Le Pedrillo de Joshua Ellicott, bien chantant, ne manque pas d’esprit. Quant au rôle central d’Osmin, il est tenu par Alastair Miles qui remplace au pied levé Tim Mirfin initialement prévu. Grâce lui en soit rendue. Très à l’aise dans l’ironie comme dans la fureur, il possède, chose rare, avec une voix noire, l’art de la colorature dont Mozart a chargé sa partition.
Et puis il y a le Belmonte renversant de Frédéric Antoun ! Exceptionnel Belmonte dont on ne sait qu’admirer le plus. Un timbre de lumière qui rappelle un peu celui de son légendaire compatriote Léopold Simoneau, un étonnant sens du phrasé mozartien, une vocalisation parfaite, un legato qui n’exclut pas la possibilité du plus net des staccatos. Son souffle inépuisable, contrôlé comme par miracle, son art des nuances charment infiniment. Et puis avec tout cela, l’élégance, la sensibilité de son chant en font un mozartien de tout premier plan. Chacun des airs qui lui échoit est caractérisé avec finesse, de l’angoisse nostalgique de son air d’entrée, à l’agitation fébrile de « O wie ängstlich, o wie feurig ». Bref un artiste à suivre absolument…

Serge Chauzy

 

infos
 

 

Renseignements et locations :
61, rue de la Pomme,
31000 Toulouse,
tél : 05 61 21 09 00.
 

Programme du concert du 18 novembre 2010 à 20 h à la Halle aux Grains de Toulouse

* W. A. Mozart


- L'Enlèvement au Sérail (version de concert)

 

 

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