www.classicToulouse.com
classic toulouse
ARCHIVES
 
 

 

Concerts/ Grands Interprètes / Alfred Brendel 17/06/2008
     

CRITIQUE

Les adieux du maître

L’émotion était palpable, le 17 juin dernier, à la Halle-aux-Grains de Toulouse, pleine à craquer de mélomanes confirmés ou non. Ils se pressaient tous pour recevoir, probablement pour la dernière fois en la ville rose, le message artistique de celui qui aura marqué de son empreinte le grand répertoire pianistique classique et romantique, Alfred Brendel. Le silence du public a rarement atteint, au cours d’un concert, un recueillement d’une telle intensité, une attention d’une telle ferveur. L’interprète avait en effet clairement annoncé que la tournée qu’il effectue actuellement en Europe serait la dernière d’une prestigieuse carrière initiée voici presque soixante ans.


Le grand pianiste autrichien Alfred Brendel

Le programme choisi pour ce concert d’adieu se devait d’illustrer l’itinéraire artistique d’un musicien comme investi d’une mission culturelle. Les quatre compositeurs le plus souvent visités par Alfred Brendel y figuraient, de Haydn à Schubert en passant par Mozart et Beethoven, tous emblèmes de la ville musicale par excellence, Vienne.
Des Variations en fa mineur de Haydn qui ouvrent le concert, l’interprète souligne l’étrange filiation qui les lie à Schubert. Âpres et méditatives, elles s’interrompent parfois sur ces silences que ne renierait pas le voyageur du « Winterreise ». La Sonate en fa majeur KV 533, inachevée, de Mozart, qui suit est peut-être la plus beethovénienne de toutes. Jouée avec cette simplicité évidente que s’impose l’interprète, elle coule comme un récit introspectif et se conclut sur un sourire comme embué de larmes.
La première partie du récital s’achève sur l’une des sonates de Beethoven les plus rarement jouées, l’opus 27 n° 1 « Quasi una fantasia » qui précède immédiatement la fameuse « Sonate au clair de lune » dont elle partage le numéro d’opus. Un conflit tragique parcourt les quatre mouvements enchaînés qui la composent. Alfred Brendel conduit l’adagio central comme un intense dialogue intérieur que le final complexe résout comme à contrecœur.
L’ultime chef-d’œuvre de Schubert, la sonate en si bémol majeur D 960, occupe toute la seconde partie du concert. Alfred Brendel nous emporte alors dans un long et douloureux voyage ponctué de silences angoissants et glacés. Il sait mieux que quiconque ménager les moments stratégiques de l’œuvre. Ainsi le retour du thème initial dans le premier mouvement se charge d’une émotion qui perce le cœur. Chaque volet trouve les couleurs qui l’épanouissent. L’allégresse qui prétend imprégner le final cache mal une blessure mal guérie. L’art de l’interprète se confond ici avec celui du compositeur.


L'adieu à Toulouse (Photo Patrick Riou)

C’est d’ailleurs encore avec Schubert qu’Alfred Brendel se tait définitivement, troisième des bis offerts à un public fasciné, après Bach et Liszt, deux des autres compositeurs qui ont accompagné toute la carrière du pianiste.
A l’issue du concert, la médaille de la ville de Toulouse est décernée à ce grand artiste par Jean-Christophe Sellin, délégué aux musiques de la municipalité. Un hommage particulièrement bienvenu.

Serge Chauzy

 

infos
 

 

Renseignements et locations :
61, rue de la Pomme,
31000 Toulouse,
tél : 05 61 21 09 00.
 
Programme du concert

* J. Haydn
- Variations en fa mineur
Hob. XVII. 6

* W. A. Mozart
- Sonate en fa majeur
KV 533/494

* L. V. Beethoven
- Sonate n° 13 en mi
bémol "Quasi una fantasia"
op. 27 n° 1

* F. Schubert
- Sonate n° 23, en si
bémol majeur, D. 960
 
 

 

 

Les saisons musicales
lyrique et
chorégraphique
toulousaines
2008-2009


 





 

 

copyright © 2007
www.classictoulouse.com
- tous droits réservés -
infos légales

 

 

 

entretiens - festivals - concerts - danse - opéra - disques - dvd - partenaires - contacts - liens - index