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Concerts/ Musique en Dialogue aux Carmélites - Duende y misterio
16 juin 2019
     

CRITIQUE

L’Espagne et l’Argentine aux Carmélites :
Duende y Misterio

Musique en Dialogue aux Carmélites, cette série de concerts de musique de chambre imaginée par Catherine Kauffmann-Saint-Martin, ouvrait sa nouvelle saison ce dimanche 16 juin. Ce nouveau concept qui a vu le jour à Toulouse en 2017 investit chaque été le somptueux et intime écrin que constitue la .chapelle des Carmélites. Le titre quelque peu mystérieux de ce premier rendez-vous a attiré de nombreux spectateurs curieux et intéressés par le défi qu’il propose.

Le principe original de cette série consiste toujours à marier lettres et notes en un dialogue parfaitement en situation dans ce lieu magique. Cette fois-ci, sous le titre étrange de « Duende y Misterio, du flamenco au tango », deux musiciennes et une récitante ouvrent une sorte de débat autour de l’hispanité, aussi bien dans la péninsule ibérique qu’en Argentine. La pianiste espagnole Carmen Martinez et la violoncelliste française Emmanuelle Bertrand sont rejointes par la récitante Solange Bazely qui ouvre cette belle fin d’après-midi dominicale sur un commentaire indispensable à propos du terme peu familier aux non-hispaniques de « Duende ».



Les trois complices de ce spectacle. De gauche à droite : Carmen Martinez, Emmanuelle Bertrand, Solange Bazely - Photo Véronique Tabarly -

Comme pour la plupart de ces notions complexes et véritablement intraduisibles dans une autre langue, il faut chercher une définition indirecte comme celle proposée par Federico Garcia Lorca et rapportée par Solange Bazely : « Pour chercher le duende, il n'existe ni carte ni ascèse. On sait seulement qu'il brûle le sang comme une pommade d'éclats de verre, qu'il épuise, qu'il rejette toute la douce géométrie apprise, qu'il brise les styles, qu'il s'appuie sur la douleur humaine qui n'a pas de consolation ». Cet « esprit mystérieux » comme le qualifie aussi Blandine Masson, imprègne tout le programme de cette première rencontre 2019 de Musique en Dialogue aux Carmélites.
Ce voyage en hispanité, musique et paroles mêlées, se déroule en deux temps. La première partie évoque l’Espagne mère, ses musiques et les paroles chargées de sens du grand Lorca. La seconde émigre en terre argentine unissant les compositions d’Astor Piazzolla et des textes de Jorge Luis Borges, Humberto Costantini et Eugenio Mandrini.



Carmen Martinez et Emmanuelle Bertrand en duo - Photo Classictoulouse -

Tout au long de ces échanges, les paroles ponctuent, illustrent, évoquent les partitions abordées par les deux musiciennes avec passion et sensibilité. Dès la première pièce, Requiebros, du compositeur et violoncelliste catalan Gaspar Cassadó, la somptueuse sonorité d’Emmanuelle Bertrand emplit la chapelle. Dans la Suite populaire espagnole de Manuel de Falla, brillamment accompagnée par Carmen Martinez, le violoncelle devient voix humaine. Il est vrai que cette partition est une version instrumentale modifiée par Falla lui-même de ses Siete canciones populares españolas composées initialement pour voix et piano. Les textes de Lorca s’insèrent naturellement entre les chants dont on admire la variété des expressions. L’émouvante berceuse, Nana, l’ardente Canción, la violence maîtrisée de Polo et la nostalgie rêveuse d’Asturiana sont suivies de la Jota, comme une lumineuse conclusion en forme de victoire. Cette première partie s’achève sur la célébrissime Danse du feu, extraite du ballet de Falla L'Amour sorcier (El amor brujo). La fougue des deux interprètes s’y déploie avec maestria.



A gauche, la récitante Solange Bazely - Photo Jean-Jacques Ader -

La seconde partie, intégralement consacrée à Astor Piazzolla, s’ouvre sur une pièce pour piano seul, Milonga del Ángel, à laquelle Carmen Martinez confère toute son étrange poésie, en résonance avec les paroles de Jorge Luis Borges. Le reste de ce voyage est consacré à la forme musicale qui fait la gloire de Piazzolla, le mythique Tango. Le texte de Humberto Costantini sur Carlos Gardel trouve un écho profond dans Le grand Tango. Alors que celui d’Eugenio Mandrini ouvre la voie à deux des plus célèbres pièces du compositeur argentin : Libertango et Michelangelo 70. La ferveur des interprètes transcende ces deux pages devenues emblématiques.
L’enthousiasme du public rappelle les trois complices vers l’autel de la chapelle pour un bis inhabituel et émouvant. La Bicicleta Blanca constitue un modèle étonnant de ce que les compositeurs romantiques ont appelé « mélodrame ». Un texte parlé se superpose à la partition musicale. Ainsi Solange Bazely dit, en parfait synchronisme, sa propre traduction en français du  beau poème de Horacio Ferrer sur le commentaire instrumental d’Astor Piazzolla déroulé avec finesse par Emmanuelle Bertrand et Carmen Martinez. Tendresse et imagination s’expriment avec la même sensibilité nostalgique dans le texte et la musique.
Un grand moment de poésie conclut ainsi cette première rencontre de Musique en Dialogue aux Carmélites.

Serge Chauzy
Article mis en ligne le 18 juin 2019

 

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