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Concerts / Orchestre National du Capitole, Tugan Sokhiev, direction,
Edgar Moreau, violoncelle - 03 avril 2014
COUP DE CŒUR
     

CRITIQUE

Eblouissante noirceur

Chostakovitch, au programme du concert du 3 avril dernier, représentait une belle occasion de retrouver à Toulouse un jeune musicien au talent en pleine éclosion. Edgar Moreau, prodige du violoncelle, fêtait précisément ce soir-là un anniversaire symbolique, celui de ses vingt ans. Associé à l’Orchestre national du Capitole et à Tugan Sokhiev, orfèvre en la matière, il enflammait le premier concerto du grand compositeur russe dont l’orchestre jouait, en seconde partie de soirée, la gigantesque huitième symphonie.

Né en 1994 à Paris, le tout jeune Edgar Moreau commence le violoncelle à quatre ans. Tout en poursuivant ses études auprès de grands maîtres, il remporte à 15 ans le Prix du jeune soliste au Concours Rostropovitch et à 17 ans, le deuxième prix du Concours international Tchaïkovski. "Révélation soliste instrumental de l'année" aux Victoires de la musique classique 2013, il est nommé dans la catégorie "Soliste instrumental de l'année" pour l'édition 2014 qui a eu lieu le 3 février dernier à Aix-en-Provence. Toutes les fées de la musique semblent bien s’être penchées sur le berceau d’Edgar Moreau ! Alors qu’en janvier 2013 il avait déjà joué à Toulouse le deuxième concerto de Chostakovitch, avec l’orchestre du Théâtre Mariinsky sous la direction de Valery Gergiev, le voici qui aborde cette fois le sulfureux premier concerto, composé en 1959 et dédié à Mstislav Rostropovitch qui en donna la première audition le 4 octobre 1959 à Moscou. Il s’agit là de l’une des œuvres les plus périlleuses pour le soliste, les plus contrastées, composées sur mesure pour le grand violoncelliste russe à la virtuosité sans limite.



Le jeune violoncelliste français Edgar Moreau dans le concerto n° 1 de Chostakovitch,
sous la direction de Tugan Sokhiev - Photo Classictoulouse -

Edgar Moreau ne se laisse pas impressionner par le chalenge. Le fameux premier thème, signature musicale du compositeur qui revient comme une idée fixe tout au long du concerto, se retrouve aussi bien dans la première symphonie que dans le huitième quatuor composé l’année suivante. Il illustre les premières lettres initiales de son propre nom, DSCH (dans l’orthographe allemande, D. Schostakovitch). Il est abordé ici avec une sorte de colère lucide, comme une obsession qui va parcourir tout le concerto. Le premier mouvement, Allegretto, se déploie comme un combat entre le violoncelle et le cor, autre instrument soliste très sollicité, grâce auquel Jacques Deleplancque joue un véritable rôle, un rôle diabolique. Est-ce celui du destin ? A la suite du Moderato, dont la plainte douloureuse se conclut sur un mystérieux et onirique dialogue entre le violoncelle et le célesta, la vaste cadence, un mouvement à elle seule, offre au soliste une poignante tribune déclamatoire. Edgar Moreau en explore l’écriture et la force expressive grâce à une technique et une musicalité irréprochables. Le retour du motif obsessionnel imprègne tout le final d’un désespoir irrésistible. Soliste et orchestre portent l’œuvre à son point de fusion. Rappelé maintes fois par le public, Edgar Moreau calme enfin le jeu avec la sublime Sarabande de la 3ème suite pour violoncelle seul de Johann Sebastian Bach. Le paradis après l’enfer !



Tugan Sokhiev et l'Orchestre National du Capitole à l'issue de l'exécution de la 8ème symphonie de Chostakovitch - Photo Classictoulouse -

Cet enfer reste présent tout au long de la Huitième symphonie, sous-titrée "Stalingrad", à laquelle Chostakovitch a attribué la tonalité symbolique d’ut mineur, tonalité du drame, de la tragédie, du destin. L’immense premier mouvement développe une tension presque insoutenable. Tugan Sokhiev domine cet immense crescendo de la douleur avec la maîtrise que lui permet la parfaite discipline de tout l’orchestre. Les équilibres entre les différents pupitres colorent cette fresque de puissants coups de pinceau. La plainte finale du cor anglais (admirable Gabrielle Zaneboni !) génère une souffrance infinie. Le puissant contraste que ménagent les sarcasmes de l’Allegretto libère quelque peu la tension accumulée. Le chef trouve le ton grinçant, l’ironie amère qui animent cet épisode. La mécanique implacable de l’Allegro résonne comme une machine à broyer. Les tragiques dissonances, comme des cris de terreur, donnent le frisson. Alors que le Largo n’apaise rien du profond climat d’angoisse, le final apporte enfin une touche d’apaisement. Mais comme toujours chez Chostakovitch, une double lecture reste possible. Ce pseudo-sourire évoque une fausse joie, bien passagère d’ailleurs. La fin de l’œuvre, glaçant pianissimo, glisse vers un néant, un vide effrayant. Le long silence qui suit fait partie de l’œuvre. L’ensemble du public reste pétrifié pendant de longues secondes avant que n’éclate enfin l’ovation qu’une telle exécution mérite. Encore une fois remercions chaque musicien, profondément impliqué dans l’aventure, de la trompette–caméléon de René-Gilles Rousselot au piccolo virevoltant de Claude Roubichou, en passant par le hautbois d’Olivier Stankiewicz, la flûte de Sandrine Tilly, la clarinette de David Minetti, le violoncelle de Pierre Gil, tout le pupitre de trombones et bien sûr le violon solo du nouveau venu Jan Orawiec. Enfin, reconnaissons que le maître d’œuvre de la soirée, Tugan Sokhiev, respire avec cette musique, l’incarne avec une authenticité rare, en éclaire pour nous les subtilités et les aspects les plus enfouis, l’éblouissante noirceur. De la belle ouvrage !

Serge Chauzy
Article mis en ligne le 4 avril 2014

 

 

infos
 

Détail des informations, s’adresser à :

Orchestre National du Capitole de Toulouse
- Service location
BP 41408 – 31014
Toulouse Cedex 6.


Renseignements, détail complet de la saison et réservations :

http://onct.toulouse.fr/
 

Programme du concert donné le 3 avril 2014 à
20 h 30 à la Halle aux Grains de Toulouse

* D. Chostakovitch

- Concerto pour violoncelle et orchestre n° 1 en mi bémol majeur, op. 107

- Symphonie n° 8 en ut mineur, op. 65 "Stalingrad"

 

 

 
 

 

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